Homélie du 2ème dimanche de Pâques

2ème dimanche de Pâques -23 AVRIL 2017

 

La foi n’est pas la vision

La foi n’est pas la crédulité

La foi est une confiance illuminée

 

Père Philippe JEZEQUEL

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 2ème dimanche de Pâques - 23 avril 2017

 

La foi n’est pas la vision

La foi n’est pas la crédulité

La foi est une confiance illuminée

 

1/ La foi n’est pas la vision.

 

Une parole de Jésus a dû rester longtemps au travers de la gorge de ce brave Thomas : “Heureux ceux qui croient sans avoir vu”. Thomas a vu, et il a cru. Cette parole n’est donc pas pour lui !

 

Pouvoir voir et toucher les plaies du Christ, quelle chance il a eue Thomas, non ? Avons-nous besoin de phénomène miraculeux pour croire ? Avons-nous besoin de voir une icône suinter ou verser des larmes de sang pour croire ? Des signes ! On veut des signes ! Et même des signes par milliers ! C’est vrai du temps du Christ. C’est vrai encore aujourd’hui. Le signe du Christ c’est la Résurrection fêtée dimanche dernier ! Ah, si Dieu venait de temps en temps nous faire une petite visite, même très courte, entre deux portes ! S’il venait donner un coup de pouce à notre foi chancelante ! Et la réponse de Jésus à Thomas peut nous éclairer : le croire est plus important que le voir. Le voir enlèverait à l’être humain tout désir de recherche, toute démarche personnelle, toute quête libre et passionnée de Dieu. La foi ce n’est pas la vision. La vision c’est pour l’Au-delà. Sur cette terre, nous avançons humblement, pauvrement, mais librement, dans l’obscurité de la foi, si bien que le jour où dans l’éternité nous verrons Dieu face à face, ce sera pour nous à la fois un cadeau gratuit du Seigneur, mais aussi la récompense de notre quête de l’infini.

 

2/ La foi n’est pas l’incrédulité.

 

Même si le croyant n’est pas un voyant, cela ne signifie pas qu’il soit un aveugle. Or la foi est souvent opposée à la certitude rationnelle, scientifique. Elle serait alors une adhésion plus ou moins candide, voire stupide, à des affirmations non démontrées. La foi et la raison ne sont pourtant pas incompatibles. L’une peut éclairer l’autre.

 

La foi n’est pas un saut dans le vide dans la nuit noire. Elle correspond d’abord à un besoin très profond de l’être humain. Werner von Braum, qui était sous-directeur de la NASA, et qui fut à l’origine de l’arme atomique disait : “Avec toute la science du monde nous avons besoin de croire en Dieu, dès que notre foi en nous-même a atteint ses limites. Notre besoin de Dieu n’est pas fondé sur la crainte. L’homme a besoin de foi, comme il a besoin de pain, d’eau, d’air.”

 

Il y a dans l’être humain une intuition fondamentale : ce sentiment d’une nécessaire présence qui explique notre propre existence et notre faim de savoir qui est à l’origine de tout : “Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé” écrivait Pascal.

 

Heureusement qu’au service de la raison, il y a la révélation : la foi chrétienne s’appuie aussi sur des faits. Et en particulier sur ce témoignage très fort des apôtres, ces témoins qui ont porté au monde la Bonne Nouvelle de l’amour au risque de leur vie. Et relisons la 1ère lettre de St Jean : “Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous en rendons témoignage, nous vous l’annonçons. Nous vous l’écrivons pour que votre joie soit complète.” Et dans l’évangile d’aujourd’hui, St Jean relate l’apparition de Jésus ressuscité à tout le collège des apôtres : elle n’a rien de privé, mais c’est une révélation officielle aux responsables de l’Eglise naissante. Ils sont tous là, y compris Thomas, le plus sceptique, le plus exigeant sur les preuves. Et de la peur, les apôtres vont passer à la joie. Et Thomas va passer du doute à la foi. Qui d’entre nous peut dire ici que, pour avancer dans la foi, il ne doute jamais ! Pas moi en tout cas !

3/ La foi est une confiance illuminée.

 

La foi n’est donc pas naïve, elle s’appuie sur des preuves, mais des preuves qui ne sont jamais d’une évidence de type scientifique. Ce sont plutôt des certitudes, un peu comme celles des amoureux quand ils décodent les signes qu’ils se font et qu’eux seuls comprennent. Dieu ne s’impose pas à nous. Il se propose. Dieu se laisse trouver par ceux qui cherchent moins des signes pour rassurer leur intellect que des messages d’amour auxquels ils sont prêts à répondre.

 

Dès lors la foi c’est une confiance sans fin à la Parole de Dieu et qu’importe les zones d’obscurité qui sont autant d’invitations à chercher plus loin.

 

La foi n’est pas la douce quiétude dans le fauteuil de certitudes acquises : elle est accueil permanent de Dieu dans sa parole. Mais la foi suppose la grâce du Seigneur : cette confiance est illuminée par le spot divin de l’Esprit Saint qui met tout à coup dans une lumière évidente telle phrase de la Bible écrite pour nous, tel appel d’amour du Seigneur, manifestement lancé dans notre direction. Cela nous demande d’être disponibles pour percevoir le message, impressionnables à Dieu. C’est l’attention à Dieu qui nous est demandée. Dieu fait le reste.

 

La foi, il faut donc la demander. Et voilà que l’étonnant se réalise : le croyant devient un super voyant parce que des pans de l’invisible sortent soudain de l’ombre pour lui. C’est ce qui est arrivé à Thomas dans l’évangile. Il ne dit pas simplement : “Oui, Jésus tu es vivant, j’en ai la preuve, la certitude maintenant.” il tombe à genoux et dit : “Mon Seigneur et mon Dieu”, autrement dit : “Ta résurrection, Seigneur, est le signe que tu es Dieu.” A cet instant il n’est plus un voyant, il est un croyant qui perçoit clairement la divinité de Jésus.

 

L’immense joie de tout converti qui découvre la foi, c’est de voir tout à coup le monde autrement, il en découvre, ébloui, la face cachée. Tout prend un sens.

 

Conclusion.

 

En définitive, comme le dit la chanson dans le Prince Égypte : “On peut faire des miracles avec la foi.” le Christ ne nous laisse pas au repos tant que notre foi n’imprime pas son existence sur l’éventail de toute notre vie.

 

 

Alors, soyons des croyants dans la pratique du quotidien !

Philippe JEZEQUEL